La CNIH ne sait plus ce que s'est qu'un harki !

05/08/2026

Après le grand journal de l'est de la France "Le Républicain Lorrain" qui a fait son mea culpa (voir l'article de Mireille BOUGLOUF ci-dessous), c'est au tour de la CNIH de commettre la boulette. Les harkis ne doivent pas être confondu avec les français musulmans militaire d'active.

Jamais avare de commettre des boulettes, la CNIH en a commis une belle sur son site internet à l'occasion de la mise en valeur de la promotion dans les ordres nationaux spécialement dédiée aux harkis et à leurs familles le 14 juillet dernier.

Pour saluer cette initiative de la République en hommage aux harkis et à leurs familles, la CNIH n'a pas trouvé mieux que de mettre en lumière un ancien militaire d'active en la personne de Abdelaziz MELIANI. Or ce dernier insiste régulièrement, a l'instar de son défunt acolyte Hamlaoui MEKACHERA : "Je ne suis pas harki". 

N'étant pas harki, pourquoi la CNIH choisit de mettre en lumière cette personne qui rappelle régulièrement qu'il n'est pas harki ? D'autant plus que depuis plusieurs décennies, on ne lui connaît aucune initiative ou fait d'armes qui justifierait une telle mise en valeur sur une site internet officiellement dédié aux harkis et dont il revendique ne pas en être : "Je ne suis pas harki".

La population des harkis et de leurs familles ne compte aucune personnalité pouvant permettre à la CNIH de mettre en valeur cette initiative de la République du 14 juillet 2026 en hommage aux harkis ? Pourquoi la CNIH n'a-t-elle pas opter pour l'évidence, pour l'image des veuves de harkis dont la place dans cette promotion du 14 juillet 2026 est marquante ?

Le Collectif appelle la CNIH à retirer cette page de son site internet au profit d'une mise en valeur de cette promotion dans les ordres nationaux à travers des personnalités appartenant à la composante honorée par la République le 14 juillet dernier, en particulier les veuves de harkis mises à l'honneur.

Promotion spéciale de reconnaissance aux Harkis et à leurs familles du 14 juillet 2026

_____

Stop à la confusion !

par Mireille BOUGLOUF

Des soldats d'active relégués, une vérité toujours niée. Ce dimanche 2 juillet 2026, Le Républicain Lorrain a consacré un reportage de fond aux harkis. En première page, pour illustrer ce dossier, le journal a fait le choix d'une photographie montrant Allaoua Bouglouf, militaire d'active, en tenue de l'armée régulière, entouré en arrière-plan des hommes placés sous son commandement. Ce choix n'est pas anodin, car il introduit une confusion majeure : historiquement, Allaoua Bouglouf ne pouvait pas être harki puisque engagé dans l'armée régulière française dès 1952.

Ses états de service en attestent clairement, avec un engagement sans interruption de 1952 à 1969. La manière dont une image est utilisée n'est jamais anodine. Elle traduit un regard, révèle des habitudes, et parfois met en lumière des confusions profondément ancrées dans notre mémoire collective. L'utilisation de cette photographie pour illustrer un sujet consacré aux harkis en est une démonstration saisissante. À travers ce choix, ce n'est pas seulement une approximation iconographique qui apparaît, mais bien une méconnaissance persistante d'une réalité historique essentielle : celle des militaires d'active issus d'Algérie.

Nous tenons, à ce titre, à saluer la réaction du Républicain Lorrain, qui a su corriger rapidement son article. Cet erratum et la mise au point qui l'a accompagné étaient nécessaires, et méritent d'être reconnus. Car il est aujourd'hui impératif de refuser toute confusion entre des catégories que les textes, les fonctions et les parcours distinguent clairement. En effet, les décrets ne laissent aucune ambiguïté : les supplétifs et les militaires d'active relèvent de statuts fondamentalement différents. Cette distinction ne repose pas seulement sur des termes administratifs ; elle se traduit dans les uniformes portés, dans les responsabilités exercées, dans les carrières menées au sein de l'armée française. Les militaires d'active étaient des soldats de métier, engagés dans la durée, intégrés à la hiérarchie militaire, investis d'un commandement, porteurs de droits statutaires précis et relevant du statut militaire de droit commun. Parmi ces droits figurait notamment celui au logement, un droit élémentaire attaché à leur condition de militaires de carrière. Pourtant, c'est précisément ce droit qui a été ignoré de la manière la plus flagrante. 

Après 1962, lors de leur transfert en métropole, nombre de ces militaires ont été dirigés, avec leurs familles, vers des camps de harkis. Dans les faits, la seule chose qui unissait ces deux catégories était cette relégation commune. Le parcage, les baraquements, les conditions de vie précaires : voilà ce qu'ils ont partagé. Mais cette situation revêtait pour les militaires d'active une dimension encore plus incompréhensible et plus injuste, puisqu'ils étaient, dans le même temps, toujours en service au sein de l'armée française. Ils continuaient à porter l'uniforme, à exercer leurs fonctions, à assumer leurs responsabilités, parfois à commander des hommes.

Et pourtant, avec leurs familles vivaient dans des conditions indignes, privées d'un droit que leur statut leur garantissait explicitement. Cette contradiction n'était pas ignorée au sommet de l'État. Pierre Messmer lui-même, alors ministre des Armées, l'avait clairement affirmé devant l'Assemblée nationale : les militaires d'active relevaient d'un statut distinct et devaient, à ce titre, être impérativement logés, notamment dans des habitations préfabriquées adaptées. Mais entre les principes affirmés et la réalité vécue, l'écart fut immense. 

L'histoire montre que ces soldats n'ont pas échappé aux politiques de parcage. Ils en ont subi pleinement les effets, au mépris des textes, au mépris de leur engagement, au mépris des droits qui leur étaient reconnus. Cette situation ne relève ni de l'anecdote ni de l'exception : elle constitue une rupture manifeste entre le droit et les faits, entre la parole publique et l'action administrative. 

Aujourd'hui encore, en 2026, cette réalité demeure insuffisamment reconnue. L'État n'a pas pris toute la mesure de ce qui a été infligé à ces militaires d'active, à ces hommes en uniforme qui ont continué à servir la France alors même que leurs familles étaient maintenues dans des camps. Il ne s'agit pas ici d'opposer les mémoires, ni de contester les souffrances des uns ou des autres. Il s'agit de refuser les amalgames, de rétablir des distinctions essentielles et de redonner à chacun la place qui lui revient dans l'histoire. Car confondre les militaires d'active avec les supplétifs, c'est prolonger une invisibilisation déjà ancienne. C'est effacer des parcours, diluer des responsabilités, et, en définitive, nier une part de la vérité. Reconnaître cette réalité n'est pas un geste symbolique : c'est une exigence. Une exigence de justice, de rigueur historique et de fidélité aux principes mêmes de l'État de droit. Refuser les amalgames, c'est refuser l'effacement. C'est redonner à chacun sa place, son histoire, sa dignité. 

Il est temps, enfin, de regarder cette page de notre histoire avec lucidité, et de rendre aux militaires d'active la reconnaissance qui leur a été trop longtemps refusée. Car une mémoire juste ne peut se construire sur des confusions. Voir moins





 


Share